Au printemps 2025, nous avons accueilli la chercheuse Maria Teresa Ferrara, doctorante à l'Université Roma Tre, qui a consulté les fonds du MLF genevois, de Viviane Gonik, d'Alda de Giorgi et de l'émission Radio pleine lune. Sa recherche porte sur les pratiques artistiques et langagières de la campagne du Salaire au travail ménager. Elle a rédigé pour nous une présentation de quelques affiches conservées dans le fonds du MLF.

N027
Réunissons-nous, parlons, organisons-nous, luttons, 29 septembre 1973. Affiche sérigraphiée invitant probablement les différents MLF de Suisse à se réunir. Fonds du MLF Genève, MLF-GE-S3-SS42-D28-P15.


Les affiches, tout comme les tracts ronéotypés et pamphlets et photocopiés, sont des documents couramment produits depuis les années 1970 par les mouvements féministes occidentaux. Les affiches du Mouvement de libération des femmes de Genève conservées aux Archives contestataires forment un échantillon représentatif de la production des mouvements féministes des années 1970, tant du point de vue quantitatif que géographique, incluant également des exemples de la production visuelle d'autres groupes opérant ou non sur le même territoire (la sous-série « Affiches » est en effet divisée en « Affiches du MLF-Genève » et « Affiches extérieures au MLF-Genève »). Dans la plupart des cas, ces documents sur papier ne comportent ni date ni localisation géographique. Ils constituent un corpus d'objets fragiles mais riches en information et signification.

N085
En tant que femmes, janvier 1975. Affiche annonçant le festival de films "En tant que femmes", Centre d'animation cinématographique de Voltaire, Genève. Fonds MLF Genève, MLF-GE-S3-SS42-D28-P40.


Ces affiches témoignent de la lutte des femmes à travers leur production culturelle et démontrent d'un intérêt marqué pour le graphisme, les arts appliqués et la photographie. Tout comme les pancartes et les banderoles, elles illustrent la richesse de cette production et un aperçu du travail de création et de diffusion du mouvement. En promouvant des mobilisations ou des événements, elles sont un support d'information pour l'action culturelle et politique, mais elles comportent également des éléments visuels servant à communiquer des messages et des revendications.

Si les sources photographiques et audiovisuelles de type documentaire – comme les vidéos de manifestations – permettent de réfléchir à la gestuelle des femmes du mouvement et aux stratégies de réappropriation des corps qu'elles mettent en œuvre, les affiches nous en disent davantage sur les choix de représentation d'image féminine. Les symboles et les gestes représentés sont le résultat d'une intervention féministe précise et si possible facilement reproductible jusque dans les pratiques (comme par exemple le geste des mains formant un triangle qui apparaît dans l'affiche du Centre d'animation cinématographique de Voltaire).

N077
À qui appartient le ventre de cette femme ?, ca. 1972-1973. Affiche sérigraphiée du MLF de Genève, fonds MLF Genève, MLF-GE-S3-SS42-D28-P46.


Ces matériaux nous donnent une idée de la circulation des images au sein des mouvements de l'après 68, à l'échelle internationale – circulation qui allait certainement de pair avec celle des textes politiques – et de la réutilisation des formes, des symboles et des mots. L'affiche sérigraphiée sur laquelle figure l'inscription « À qui appartient le ventre de cette femme ? » est un exemple du partage non seulement des luttes, mais aussi des modes de communication avec les mouvements d'autres pays. L'illustration représente une femme enceinte allongée sur le sol, sur le ventre de laquelle est assis un homme, symbolisant le contrôle patriarcal sur son corps. Le même texte et le même rendu visuel sont utilisés à plusieurs reprises dans des contextes différents. La même année, par exemple, le manifeste « À qui appartient le ventre de cette femme ? » du mouvement féministe de Padoue est diffusé à l'occasion du procès pour avortement de Giliola Pierobon1. Pour preuve supplémentaire de la circulation de ces documents parmi les militantes, on trouve une reproduction de la version italienne de l'affiche sur une photographie du fonds Viviane Gonik (ci-dessous).

028_03
Sans titre, date inconnue. Fonds Viviane Gonik, 034_VG-D010-28_03.


Il faut toutefois rappeler que, tout comme le féminisme est un mouvement extrêmement hétérogène, sa production dans tous les domaines du savoir est heureusement plurielle et mobile. Si certaines affiches des années 70 comprennent beaucoup de texte, rédigé dans un style parfois emphatique, d'autres sont au contraire ostensiblement « orales », presque criées, reproduisant les slogans hurlés sur les places publiques. Certaines montrent l'urgence de transmettre l'activité politique, d'autres sont ironiques et utilisent des éléments de la culture populaire, renversant avec humour les représentations traditionnelles et les piliers de la culture masculine.

N080
Une femme sans homme c'est comme un poisson sans bicyclette, ca. 1978. Fonds du MLF Genève, MLF-GE-S3-SS42-D28-P47.

  1. Giliola Pierobon a été accusée d'avoir avorté clandestinement. Le procès a débuté le 5 juin 1973 à Padoue. Pour plus d'informations, voir : G. Pierobon, Il processo degli angeli : storia di un aborto, Tattilo Editrice, Rome, 1974 ; L. Perini, Il corpo del reato. Parigi 1972-Padova 1973 : storia di due processi per aborto, BraDypUS, Bologne, 2014. 

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